En Allemagne, syndicat et patronat concluent un accord « équilibré » pour les salariés de l’industrie

(Je reproduis ci-dessous un (intéressant) article publié ce matin sur Le Monde.fr – une correspondance de Berlin de Cécile Boutelet. Elle y décrit le récent accord conclu le 30 mars 2021 entre le syndicat IG Metall et l’organisation patronale Gesamtmetall pour la Rhénanie-Wesphalie. Non pas pour regretter que ce qui est possible outre-Rhin ne l’est pas en France…, mais pour rappeler une évidence en négociation collective, et qui fonde la possibilité d’un accord entre des individus pourtant en désaccord : chacun des protagonistes, avant de conclure l’accord, estime que l’échange lui est profitable et qu’il n’a renoncé à une partie de ses prétentions que pour mieux sécuriser l’obtention de droits ou de biens qu’il estime de plus grande valeur. En ce sens, un accord « équilibré », comme cela est rapporté ci-dessous, n’est que l’expression subjectivement perçue par les deux échangistes qu’ils ont plus reçu de leur partenaire que donné à leur adversaire… »)

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La question était cruciale pour l’évolution de l’inflation, souvent redoutée outre-Rhin. La pression des salaires dans l’industrie allemande, branche clé de l’économie du pays, restera finalement modérée. C’est le résultat d’un accord conclu, mardi 30 mars, entre le syndicat IG Metall et l’organisation patronale Gesamtmetall pour la région Rhénanie-du-Nord-Westphalie (ouest), qui devrait servir de pilote pour les pourparlers dans d’autres régions. L’accord prévoit une augmentation progressive des salaires de 2,3 %, assortie de garanties pour les employeurs en difficulté. Il scelle surtout la paix sociale pendant presque deux ans.

Le résultat des négociations était très attendu. La première économie de la zone euro traverse certes l’une des plus importantes crises économiques de son histoire, mais son industrie métallurgique et électronique, qui comprend le secteur central de l’automobile, a globalement bien résisté. Grâce à la vigueur des exportations, notamment vers l’Asie, la branche a affiché un fort rebond dès la mi-2020 et poursuit sur sa lancée. Peu de secteurs peuvent se prévaloir d’avoir déjà rattrapé leur niveau d’avant la crise, malgré les pertes enregistrées au printemps 2020.

Le syndicat IG Metall n’entendait donc pas laisser au patronat tout le bénéfice de cette situation. Depuis décembre, il réclamait 4 % d’augmentation, à renégocier dans douze mois. Les patrons, eux, avaient fermé la porte à toute hausse, évoquant la persistance des incertitudes liées à la pandémie de Covid-19 et aux approvisionnements, ainsi que les risques de faillite dans certaines entreprises. Certains petits sous-traitants automobiles très spécialisés subissent de plein fouet deux chocs majeurs : la crise liée au nouveau coronavirus et le déclin du moteur à explosion, dont le diesel. Selon le patronat, un tiers des sociétés du secteur pourrait être concerné. Ces facteurs concomitants, aux effets contrastés, ont rendu les tractations très complexes.

Après une série de grèves d’avertissement menées ces dernières semaines, un compromis a été trouvé. Le syndicat a obtenu une prime de 500 euros pour chaque salarié et une progression graduelle des salaires de 2,3 % sur vingt-et-un mois, mais en deux tranches. Les contreparties comportent d’importantes mesures de flexibilité sur les versements et le temps de travail, en fonction de l’état du carnet de commandes. Ainsi, les hausses de salaire peuvent être transformées en temps libre pour le salarié, sans qu’il perde son poste. Ces aménagements doivent permettre aux entreprises en crise de se moderniser, tout en ne mettant pas l’emploi en péril.

Les entreprises disposent de marges de manœuvre en cas de problèmes de liquidités. Quant aux salariés, ils sont largement protégés des licenciements pendant presque deux ans

IG Metall précise que ce dispositif est compatible avec une autre de ses revendications, plus ancienne : le temps de travail peut être réduit à quatre jours par semaine, à condition que l’entreprise le permette. « Il ne s’agit pas d’une entrée dans une réduction générale du temps de travail », a insisté Stefan Wolf, président de la fédération patronale Gesamtmetall. Le puissant syndicat, dont les avancées sociales sont considérées comme pionnières pour le reste de l’économie, y voit un pas décisif vers l’individualisation généralisée du temps de travail.

L’accord a été largement salué pour son équilibre. Les entreprises disposent de marges de manœuvre en cas de problèmes de liquidités. Quant aux salariés, ils sont largement protégés des licenciements pendant presque deux ans. « Nous envoyons un signe de confiance aux entreprises, » a déclaré M. Wolf. Jörg Hofmann, président d’IG Metall, a, de son côté, salué « une juste répartition des suites de la crise. » Le compromis trouvé offre des solutions flexibles pour faire face aux aléas des entreprises, diversement touchées par les crises en cours, sans passer par la loi.

Sur le plan macroéconomique, cet accord est important. Il donne le ton de l’évolution des salaires pour 3,8 millions de personnes et 7 000 entreprises. « La progression des salaires est relativement modérée, » souligne Claus Michelsen, chef économiste au DIW, l’institut économique de Berlin. « Normalement, l’évolution des salaires dans l’industrie a un effet d’entraînement sur les services. Si l’accord avait garanti 5 % en plus, cela aurait eu des répercussions plus fortes sur le reste de l’économie. » La hausse des prix attendue restera légère, estime l’expert. Elle devrait être le produit de l’effet mécanique et temporaire du rétablissement du taux normal de la TVA à 19 %, qui avait été abaissé de trois points pendant le second semestre 2020. Pour lui, il n’y a aucune spirale inflationniste en vue.

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