Un jeune homme est mort, roué de coups portés à sa tête. Les images sont insoutenables : on y voit des silhouettes noires qui, à tour de rôle, frappent leur victime, allongée à terre. Six hommes, a dit le procureur de la République. Six hommes, et pas un n’était menacé. Six hommes, et un autre, à terre, se protégeant la tête. Quelles que soient les arguties des uns et des autres, le fait est là et submerge toute autre considération : un jeune homme est mort, sur un trottoir lyonnais, de blessures irréversibles causées par d’autres jeunes hommes. Motif ? Il ne pensait pas comme ses bourreaux. « Fascistes », « antifascistes » ? Les images de leurs affrontements montrent de mêmes silhouettes noires, indistinctes, échangeant des coups, dans une sorte de ballet étrangement réglé. Rien de politique dans ces postures guerrières : juste une violence viriliste et nihiliste. Des deux côtés.

La même semaine était publié le document La Place des communes. Le commun des places. Manifeste Place Publique Jeunes – Élections municipales 2026 (lire ici). L’équipe des Jeunes de ce mouvement politique a commis là un texte lénitif (sa lecture apaise), rebectant (il redonne espoir), balsamique (il met du baume au cœur) et analeptique (il répare ce qui a été endommagé). Il faut lire ces 97 pages aérées et attrayantes comme une réponse politique au meurtre de Quentin Deranque. La seule réponse qui vaille.
Loin des programmes des bonimenteurs rivalisant de promesses municipales d’installation de milliers de caméras de surveillance dans les rues de nos villes et d’armement des policiers municipaux, le manifeste des Jeunes de Place Publique (lire ici) a le double avantage de proposer une méthode d’action et de gouvernance municipale et de miser sur l’intelligence citoyenne. Ces deux démarches sont trop rares dans l’espace public pour ne pas les promouvoir sur ce blog. Les vingt premières lignes de la conclusion générale de ce manifeste Le Commun des places résument l’état d’esprit des jeunes militants qui l’ont rédigé :
« Ce Manifeste trace un chemin : celui d’une commune qui protège, qui émancipe, qui partage le pouvoir et qui prépare l’avenir. Il montre que les réponses aux crises de notre époque (sociales, démocratiques, écologiques, économiques) ne viendront pas uniquement d’en haut, mais des territoires, des actrices et acteurs du quotidien, des solidarités locales et des engagements multiples qui tissent une société plus juste.
(…) Une même conviction se dessine : la commune est un espace politique à part entière, un lieu où l’on peut transformer la vie des habitant·es de manière tangible et durable. Elle est le niveau où l’on peut faire reculer les injustices, réduire les inégalités, protéger les plus vulnérables, revitaliser la démocratie et construire des transitions écologiques qui n’abandonnent personne au bord du chemin.
Mais cette transformation ne peut advenir sans celles et ceux qui font vivre les territoires. Pas de révolution municipale sans les associations qui créent du lien, sans les travailleurs et travailleuses qui assurent les services du quotidien, sans les élu·es qui osent expérimenter, sans les habitantes et habitants qui s’emparent des débats, interrogent, proposent, inventent. Et pas de transition juste sans les jeunes, qui en seront les premières victimes si rien ne change, mais aussi les premier·es artisans d’un modèle plus soutenable et plus démocratique.
Ce Manifeste n’est pas une fin : c’est un point de départ. Il ouvre la voie à des campagnes municipales ambitieuses, construites sur la coopération, la proximité, la justice sociale et l’écologie. Il affirme qu’une commune n’est pas seulement un périmètre administratif,
mais un espace de vie à réinventer. Il rappelle que l’action municipale peut être exigeante, audacieuse, créative loin d’une politique réduite à la gestion ou à la résignation. »

Je reproduis ci-dessous d’autres extraits de ce même manifeste (certains paragraphes et la fin de la conclusion de la partie 5, Sécurité & dialogue) – parce que tout cela est bien dit :
« La sécurité ne se réduit pas à la présence policière ou à la gestion des infractions. Elle repose tout autant sur la capacité d’un territoire à prévenir les tensions, à apaiser les relations sociales et à organiser un cadre de dialogue accessible à toutes et tous. Dans une société traversée par les crises, l’isolement, les conflits de voisinage, les incompréhensions institutionnelles, les violences scolaires ou les discriminations, la médiation est un pilier central de la paix sociale. »
« Les communes disposent d’un levier unique : leur proximité. Elles sont l’espace où l’on peut rétablir une parole, résoudre un conflit avant qu’il ne dégénère, reconnaître les torts, et restaurer la confiance. Les expériences locales le prouvent : les dispositifs de médiation réduisent durablement les tensions, diminuent les incivilités et renforcent la cohésion sociale. La prévention des violences passe donc par une capacité collective à désamorcer, écouter, accompagner, avant de sanctionner. »
« Déployer des formations au dialogue dans les écoles, structures jeunesse et centres sociaux : inspirées des pratiques de l’éducation populaire, elles permettent d’apprendre à débattre sans s’invectiver, à écouter, à reconnaître les désaccords et à exprimer ses besoins.
Créer des « Ateliers du respect » dans les quartiers : ils rassemblent habitant·es, associations, jeunes, seniors autour d’activités où l’on apprend à coopérer plutôt qu’à s’opposer.
Valoriser les pratiques inspirantes : certaines communes ont mis en place des médiations interculturelles, des permanences de dialogue ou des dispositifs anti-discrimination particulièrement efficaces : ces initiatives doivent être amplifiées et partagées. »
« La médiation est l’un des fondements d’une commune apaisée. Elle permet d’éviter l’escalade, de restaurer la confiance, de prévenir les violences et de renforcer la cohésion sociale. En donnant à chaque quartier des outils de dialogue, en rendant l’administration accessible, en soutenant la justice restaurative et en construisant une véritable culture du vivre-ensemble, les communes deviennent des espaces où les conflits ne sont plus des ruptures, mais des occasions d’apprendre, de réparer et de se comprendre. »
« La participation citoyenne est l’un des outils les plus efficaces contre les violences : elle donne du pouvoir, de la reconnaissance, du respect, un sentiment d’appartenance. Les communes qui impliquent leurs habitant·es dans les décisions voient diminuer la défiance et augmenter la coopération. »
« Étendre les budgets participatifs aux projets liés au vivre-ensemble : végétalisation, aménagement de places publiques, création de murs d’expression, installation de bancs, espaces de jeux : ces projets créés par les habitant·es renforcent la cohésion. »
« Organiser régulièrement des cafés-débats citoyens : ces rencontres ouvertes permettent d’exprimer les tensions, de formuler des propositions, et de construire un dialogue collectif. »
« Soutenir les initiatives menées par les jeunes : projets culturels, solidaires, sportifs, écologiques : la commune doit leur faire confiance et mettre à disposition les moyens nécessaires. »
« Prévenir durablement les violences, c’est aussi cultiver le lien social, encourager l’expression, renforcer la participation et multiplier les espaces de rencontre. Là où l’on se parle, où l’on se voit, où l’on coopère, les tensions diminuent. En soutenant la vie associative, en faisant de la culture et du sport des outils de paix, en déployant l’éducation populaire et en renforçant la participation citoyenne, les communes construisent une société locale plus apaisée, plus ouverte et plus solidaire. »






















