Accueil

Rejoignez 96 autres abonnés

Extraits de la “Position commune”du 16 juillet 2001
III – Créer une dynamique de complémentarité entre le rôle de la loi et celui de la négociation collective (…)

  1. Encourager la négociation collective en élargissant son champ d’action dans le respect de la loi

Pour exister et plus encore pour se développer, la négociation collective doit disposer d’un espace suffisant, au sein duquel les interlocuteurs sociaux peuvent exercer leurs pleines responsabilités pour définir, adapter et améliorer les règles destinées à régir les rapports des salariés et des employeurs dans leur vie professionnelle.
A l’inverse, si l’ensemble de ces règles est prédéterminé à l’avance, dans le détail et de façon quasi intangible par la loi et le règlement, la nécessité du compromis disparaît et la négociation collective s’appauvrit progressivement.
Il s’agit donc de clarifier et d’articuler les domaines respectifs de compétences et de responsabilité de l’Etat et des interlocuteurs sociaux en définissant :

  • Le domaine du législateur, dans lequel il exercerait la souveraineté qu’il tient du suffrage universel, pour fixer, conformément à l’article 34 de la Constitution, les principes généraux destinés, d’une part, à garantir le respect des traités internationaux ratifiés par la France et, d’autre part, à déterminer les règles relevant de l’intérêt général de la nation tels que par exemple les durées maximales du travail, l’âge minimum d’accès au travail, la durée du repos hebdomadaire, le droit aux congés payés, le droit à la représentation
    collective, l’exercice de la liberté syndicale, le droit de grève, la protection de la maternité, etc… . Ces principes généraux devraient se voir conférer une valeur
    d’ordre public social.
  • Le domaine partagé du législatif et du réglementaire d’une part, et des interlocuteurs sociaux d’autre part, les modalités d’application des principes généraux fixés par la loi seraient négociées, au niveau approprié, par les interlocuteurs sociaux. Un texte législatif ou réglementaire de substitution devrait dans tous les cas avoir été adopté pour garantir l’application de la loi à l’ensemble des entreprises et des salariés en cas d’échec de la négociation, sans faire obstacle pour autant à l’entrée en vigueur de modalités d’application conventionnelles. (…).
  • et le domaine des interlocuteurs sociaux, pour l’amélioration des dispositions d’ordre public social relatif et la création de droits nouveaux.

2. Garantir les champs d’action respectifs de la loi et de la négociation collective

La définition d’un domaine commun au législateur et aux interlocuteurs sociaux doit s’accompagner d’un dispositif garantissant que le contenu des accords n’enfreint pas l’ordre public social. A cet effet, différentes solutions sont envisageables. Mais il conviendra que la solution retenue garantisse le respect du principe de la séparation des pouvoirs entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire, et que l’instance qui sera chargée de cette mission soit indépendante des parties : pouvoir exécutif, législatif et interlocuteurs sociaux. La clarification des responsabilités opérée entre les différents acteurs, tout autant que la nécessité de respecter l’équilibre des accords, conduirait à ce que l’instance chargée de procéder à l’extension ou à l’agrément des accords, après consultation de la sous-commission des conventions et accords, s’assure du respect des règles de négociation et des modes de conclusion des accords dont l’extension ou l’agrément est demandé ainsi que de leur conformité à la loi (respect de l’ordre public, conflit de champs…). L’appréciation de l’opportunité des accords resterait de la seule responsabilité des partenaires sociaux. Les conflits nés de l’application des accords conclus, continueraient de relever de la compétence des tribunaux judiciaires.

Cependant, si le conflit soulevait une question d’interprétation de l’accord, le tribunal devrait saisir au préalable une commission paritaire d’interprétation de l’accord, composée des représentants des parties signataires.

3. Donner de nouvelles fonctions à la négociation collective

Il conviendrait de prévoir que :

– les interlocuteurs sociaux puissent au niveau national interprofessionnel, prendre, s’ils le souhaitent, le relais d’une initiative des Pouvoirs Publics dans leur champ de compétence,

– les accords auxquels ils parviendraient dans une telle hypothèse, ou encore à leur propre initiative dans un domaine qui requiert des modifications législatives, puissent entrer en vigueur dans le respect de leur équilibre.

En pratique, la mise en œuvre de ces principes est susceptible d’être organisée sous plusieurs formes. A titre d’exemple, on pourrait concevoir que préalablement à toute initiative législative dans le domaine social, les interlocuteurs sociaux doivent être officiellement saisis par les Pouvoirs Publics d’une demande d’avis sur son opportunité. A l’issue de cette consultation, si l’initiative était maintenue, la faculté devrait leur être offerte de traiter le thème faisant l’objet de ladite initiative par voie conventionnelle dans un délai à déterminer. En cas de refus des interlocuteurs sociaux de traiter la question par la négociation collective ou en l’absence d’accord à l’issue du délai fixé pour la négociation, l’initiative législative reprendrait son cours. A l’inverse, si la négociation aboutissait à un accord, celui-ci devrait être repris par le législateur dans le respect de son équilibre.