L’impérieuse nécessité du dialogue social

(Je reproduis ci-dessous l’éditorial du journal Le Monde de ce samedi. S’il pointe le changement de posture du nouveau Premier ministre, M. Castex, il rappelle l’enjeu des mois à venir : « La barre des négociations sera haute, le contexte tendu, mais chacun sera placé devant ses responsabilités ». L’article cite également le Courrier commun CFTC, CFDT, CFE-CGC, UNSA, MEDEF, CPME, U2P, FNSEA adressé le 22 juin dernier au président Emmanuel Macron (lire ici).

Une large majorité d’organisations syndicales et patronales y affirmaient leur volonté d’engager, « avec volontarisme et pragmatisme, un travail de réflexion et d’élaboration de propositions capables de répondre aux exigences de l’après pandémie, en restant attentifs aux attentes profondes de la société. Ces propositions devront pouvoir conduire entre organisations à des ententes, à des accords, qui mettront en œuvre des réponses concrètes ». Le fait est suffisamment novateur pour être ici souligné, et dans les mots employés dans leur Courrier… : « Les représentants légitimes des employeurs et des employés, ont un rôle majeur à jouer pour imaginer des solutions. » Et le moyen le plus approprié pour faire cela – diagnostiquer les problèmes, imaginer des solutions, se doter de critères de justice et d’efficacité pour retenir les meilleures solutions, les acter dans des accords collectifs, de branche et d’entreprise – se nomme : une négociation collective. L’éditorial du journal Le Monde vient utilement aujourd’hui de le rappeler…)

Les différends qui se sont accumulés depuis le début du quinquennat entre Emmanuel Macron et les syndicats sont tels qu’il est difficile de croire qu’en six cents jours le dialogue social puisse être rétabli. Pourtant, au prix d’un décalage dans le temps des réformes qui fâchent, celle de l’assurance-chômage comme celle des retraites, la conférence du dialogue social qui s’est tenue vendredi 17 juillet à Matignon s’est terminée sans heurts. Elle laisse espérer un indispensable dégel au moment où le pays s’apprête à affronter une crise sociale d’ampleur, due à la flambée annoncée du chômage.

En remplaçant le mot « concertation » cher à Edouard Philippe par celui de « dialogue »,Jean Castex, qui dispose d’un a priori favorable chez les partenaires sociaux, a acté le fait que le gouvernement ne pouvait plus agir au pas de charge, au risque de créer une grave déchirure dans le tissu social. L’inflexion intervient au moment où des acteurs sociaux importants affirment leur volonté de participer activement à la « reconstruction ».

Au lendemain du déconfinement, quatre syndicats réformistes, la CFDT, la CFE-CGC, la CFTC et l’UNSA, ainsi que quatre organisations patronales, le Medef, la CPME, la FNSEA et l’Union des entreprises de proximité (U2P), ont adressé un texte commun au président de la République, dans lequel ils revendiquent le « rôle majeur » des partenaires sociaux dans la sortie de crise.

Les priorités qu’ils mettent en avant sont la préservation des entreprises et de l’emploi, le développement de la formation, un meilleur partage de la valeur ajoutée, le « verdissement de l’économie », ainsi que la reconquête de la souveraineté dans les domaines stratégiques. Elles rejoignent celles désormais pointées par le président de la République. L’inédite manne d’argent public annoncée depuis le début de la récession, et qui se compte en dizaines de milliards d’euros, joue les facilitateurs.

L’accord salarial en faveur des soignants qui vient d’être conclu entre le gouvernement et les syndicats réformistes dans le cadre du Ségur de la santé est le premier signe tangible d’une possible détente. Mais le vrai test aura lieu à la rentrée, lorsque seront négociés dans les branches ou les entreprises des accords autour de l’activité partielle de longue durée. L’objectif consiste à maintenir autant que possible l’emploi et à favoriser la formation, en contrepartie d’une modération des salaires et des dividendes et d’un développement de la participation et de l’intéressement en prévision de jours meilleurs. Il impliquera en partie l’Etat dans son rôle de soutien à l’activité, mais laissera en première ligne les syndicats et le patronat pour négocier. Pour la CFDT et l’UNSA, favorables au développement du dialogue social dans l’entreprise, l’occasion existe de donner un élan à la « fléxisécurité » à la française qu’elles préconisent depuis des années et qui est aussi défendue par la gauche réformiste. Le contexte de crise, autant que les convergences de vues désormais affichées avec le gouvernement, peut servir de levier à leur projet sans les transformer pour autant en des partenaires dociles. La question salariale est en effet très sensible, elle est le cheval de bataille de la CGT, qui reste positionnée dans une logique d’opposant. La barre des négociations sera haute, le contexte tendu, mais chacun sera placé devant ses responsabilités.

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